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bwabandé

mardi 18 novembre 2008, à 11:11

"Les 16 de Basse-Pointe"Projection-Débat au REX de PAP en GWADLOUP....Belle Initiative...WOULO

Nous sommes en 1948, dans les premières années de la « départementalisation ». La Martinique, et la Guadeloupe, sur le papier, ne sont plus des colonies, mais des « départements d'outre-mer. » Pendant une grève sur l'habitation Leyritz, une exploitation sucrière qui vit encore sur le modèle colonial, Gérard de Fabrique, un géreur béké, est assassiné de 36 coups de coutelas. Le drame a lieu le soir sur un chemin isolé alors que l'administrateur tentait de rentrer chez lui après une altercation entre des grévistes, lui-même et des gendarmes. Un blanc créole tué par des coupeurs de cannes dans des conditions particulièrement violentes comment en est-on arrivé là ? Dans les jours qui suivent le drame, seize homme sont arrêtés par les gendarmes, tous des syndicalistes, la plupart proches du Parti Communiste Martiniquais une organisation puissante à l'époque en Martinique. La préfecture veut une riposte exemplaire, mais la précipitation et la politisation de l'affaire font que l'enquête est bâclée. La logique des autorités coloniales en 1948 peut se résumer ainsi : « On tient les coupables, on va trouver les preuves. » Sauf que cette logique est à l'opposé d'une procédure judiciaire juste et équitable. Les seize hommes font trois ans de prison préventive en Martinique puis sont présentés devant la justice à Bordeaux où ils sont finalement acquittés. Un dossier sans preuve, une enquête mal ficelée, un climat de tension exacerbé : aux 79 questions posées aux jurés la réponse est non, on ne peut pas condamner ces hommes ! Soixante ans après... l'assassinat de Gérard de Fabrique n'est toujours pas élucidé. 60 ans après, Cette histoire a fait l'objet d'un film: « les 16 de Basse-Pointe » La réalisatrice Camille Mauduech a travaillé cinq ans sur ce film difficile, car il s'agissait de recueillir les témoignages voire les confidences des survivants. Il apparaît dans le film que beaucoup de témoins tant d'années après ont encore du mal à parler de ces événements. « Plus que les faits eux-mêmes, dans ce sujet, c'est le contexte dans lequel ils se sont déroulés qui m'intéressait » explique la réalisatrice. Le drame de l'habitation Leyritz, (transformée depuis en complexe hôtelier haut de gamme,) est encore un tabou à Basse-Pointe. Quelques uns savent, mais personne ne parle. Parmi les seize de Basse-Pointe les innocents étaient plus nombreux que les coupables, c'est ce qu'on comprend. La s?ur de l'un des prévenus, qui ne sait rien, n'est au courant de rien, laisse entendre peu avant la fin du film que le principal coupable, décédé aujourd'hui, n'était pas parmi les seize, mais ses propos sont vagues. Donc acquittement, crime non élucidé et victoire contre une enquête et une procédure bâclée dans un contexte colonial qui ne dit pas son nom. Ailleurs l'enquête n'aurait pas été menée ainsi, il y aurait eu d'ailleurs une vraie enquête ce qui n'a pas été le cas à Basse-Pointe. Ailleurs l'assassinat n'aurait peut-être pas eu lieu car la violence et les tensions accumulées depuis des mois, des années, voire des siècles n'auraient pas été aussi fortes, elles auraient été désamorcées. Là au contraire l'excès de zèle du géreur béké l'a conduit à sa perte. N'avait-il pas vu le changement d'époque ? On ne saura jamais qui a tué Gérard de Fabrique, la faute en revient à l'histoire, aux non-dits, aux conflits et aux injustices non assumées. Présentés au Rex (Pointe-à-Pitre) par l'association Mawonaj Citoyen le film a été suivi d'une discussion. La salle était pleine et l'envie de parler évidente. A la tribune la réalisatrice, Camille Mauduech, Rosan Mounien, membre fondateur de l'UTG, Claude Hoton historien et Jean-Michel Pretre, procureur de la République en Guadeloupe. Assez rapidement le débat est venu à parler du présent. En Guadeloupe ou en Martinique aujourd'hui un conflit social puis une affaire judiciaire aussi mal engagés pourraient-ils avoir lieu ? « En soixante ans les relations sociales ont évolué beaucoup plus en Guadeloupe qu'en Martinique d'ailleurs » a souligné Rosan Mounien. Un contexte tel que celui de l'habitation Leyritz n'existe plus, les tensions existent mais sous d'autres formes. Le procureur de la République a été interrogé sur l'indépendance de la justice et sur le nombre peu élevés de magistrats antillais à Basse-Terre et à Pointe à Pitre. Sa réponse : « Il y a soixante magistrats en Guadeloupe dont une quinzaine originaires de Guadeloupe ou de Martinique. » Est-ce trop, pas assez ? Il n'a pas donné son sentiment, précisant seulement que l'accès à la magistrature était liée à un concours « à l'échelon français », accessible à tous et qu'intervenait ensuite le jeu des mutations. Des réactions dans la salle ont laissé entendre que la règle n'était pas aussi simple : un cas a été cité celui d'un avocat général d'origine antillaise dont le demande de mutation en Guadeloupe serait bloquée. Camille Mauduech enfin a été sollicitée par un spectateur pour se pencher, si elle en avait le temps, sur quelques affaires non élucidées en Guadeloupe. « Nous aussi nous n'en manquons pas ! » D'ailleurs dans un registre à peu près similaire, on annonce pour les jours prochains, la sortie (enfin !) de « Aliker » l'histoire de ce journaliste du PC Martiniquais retrouvé assassiné...

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