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bwabandé

samedi 22 novembre 2008, à 14:04

L'effet Obama PAR DANIEL BOUKMAN

Daniel Boukman est un écrivain et un patriote martiniquais. Son pseudonyme est emprunté au nom du prêtre vaudou, qui le 14 août 1791, organisa de la cérémonie du Bois Caïman marquant de début de l'insurrection définitive à Saint-Domingue, menant à l'indépendance d'Haïti. Il est aussi l’auteur de pièces de théâtre qui traitent de thèmes politiques : la situation coloniale de son pays, l'émigration forcée de ses compatriotes en France, les limites de la Négritude, le néocolonialisme, la place de la femme algérienne pendant la guerre de libération et après l'indépendance, la solidarité avec la lutte du peuple palestinien. Pour CaribCreole, il fait l’analyse de « l’effet Obama ». ------------------------------------------------------- Prétendre que l’élection de Barack OBAMA n’a suscité en moi aucune satisfaction, ce serait (me) mentir. Qu’aux Etats-Unis, un homme dont la couleur de la peau est à l’image de la couleur de ma peau, accède à la responsabilité suprême, une telle victoire, je l’avoue, a [r]éveillé en moi comme l’amorce d’un plaisir narcissique jamais toutefois transformé en passion débridée. Citoyen étatsunien, j’aurais, sans l’ombre d’une hésitation, voté OBAMA, ne serait-ce que pour contribuer à mettre un terme au règne de BUSH et de ses acolytes dont huit d’années de politique criminelle tant à l’intérieur des frontières des USA que dans diverses régions du monde, ont semé mort et désolation. J’aurais d’autant plus voté OBAMA que le triomphe de cet l’homme, superbement intelligent, est la flamboyante fleuraison d’un Arbre qui plonge ses racines dans une longue tradition de luttes pour les droits civiques dont les Paul ROBSON, Mohamed ALI, Rosa PARKS, Huey NEWTON, Angéla DAVIS, les frères SOLEDAD, MALCOM X, Martin LUTHER KING, Jesse JACKSON, Andrew YOUNG? et ces milliers de militants anonymes ont construit les marches de l’escalier au sommet duquel accède aujourd’hui Barack OBAMA . Son entrée à la Maison Blanche que par leur vote la majorité du peuple étasunien, toutes communautés confondues, a permis, dit que, dans ce pays hier férocement ségrégationniste, les murs du racisme se fissurent. Quelle sera la politique du nouveau Président des USA, ? Les mois à venir démontreront si l’homme que d’aucuns adulent comme un messie, voudra / pourra ne serait-ce que rogner tant soit peu les ailes impérialistes du vautour yankee?Bien que certaines de ses déclarations lors de sa campagne ne soient pas du meilleur augure, caressons l’espoir que, comme dit le proverbe créole, pawol an bouch pa chaj. L’effet OBAMIA et cette passion fulgurante qui s’ensuivit, surtout au sein des peuples des pays d’Afrique au Sud du Sahara, de la Caraïbe, des diasporas dites noires d’Europe ? et en particulier celle résidant en France ?, cet évènement signale aussi que bien des blessures loin d’être cicatrisées demeurent encore vives tant saigne encore, et dans tant de c?urs, le souvenir de souffrances séculaires non exorcisées ; signale que ces populations ? d’ici et d’ailleurs - en proie à tant de désarrois entretenus par tant de misères et d’injustices sociales, sont en quête du personnage héroïque dont l’apparence phénotypique suffit pour qu’il incarne le démiurge guérisseur de tous leurs maux. En France, au sein des communautés « noires » comme on dit, certains individus se sentant pousser des plumes obamiennes, avec délectation survolent le malaise qui actuellement gratouille la (mauvaise) conscience des classes dirigeantes ; ils se font ouvrir les portes de l’Elysée pour réclamer que la République soit plus attentive aux légitimes revendications des enfants de la patrie. La grande question du jour relayée avec complaisance par les media est de savoir qu’à l’instar des Etats-Unis, quand donc le fauteuil présidentiel reviendra à un Français noir ou un Noir français. A la lumière de l’effet OBAMIA, il est opportun d’ouvrir le débat. Le débat relatif au devenir de ceux des nôtres que, dans les années 60, par le canal du BUMIDOM, les dirigeants de la France d’alors ont condamnés à l’exil. Bon nombre d’entre eux n’ayant pas pu, n’ayant pas voulu effectuer leur retour en terre natale, sont restés dans le pays de leur immigration, y ont construit maisons voire sépultures, fondé famille, et leurs enfants ont eu enfants en passe d’avoir enfants, qui certes souvent ont des désirs de Martinique mais dont parfois, pour les uns, cette quête demeure alimentée par la nostalgie du « paradis » perdu ou, dont, pour d’autres, cette recherche du Graal se nourrit d’ une vision idéelle du pays où naquirent leurs pères. D’un point de vue quantitatif, ces deuxièmes, troisièmes générations sont-ils culturellement martiniquais ou bien choisissent ?ils, de participer à l’élaboration d’une (possible) France qui, consciente de son passé colonial , s’armerait de la volonté d’en effectuer une salutaires descente aux Enfers ? A partir des réponses, lucides, issues de ces débats, quels types de relations tenant compte du poids de la réalité, quelles passerelles convient-il de construire entre eux et non ? Voici venu le temps d’ une nécessaire clarification? Personnellement, je me garderai bien de condamner ceux et celles qui, volontairement ou non, ont fait le choix de rester vivre en France et s’organisent, individuellement, collectivement, pour, comme l’a réclamé le Président du CM98, lors de la réunion à l’Elysée du 13 novembre 2008 , « une insertion harmonieuse [des gens d’outre-mer] au sein de la République ». Que ces « représentants des minorités », tels les grenouilles de la fable demandant un roi, se perdent en spéculations pour savoir si / quand un clone d’ OBAMA accédera en France à la magistrature suprême, à la limite, pourquoi pas ? Mais de grâce, messieurs et dames, fok pa zot pran dlo mousach pou let ! Que vos souhaits de désintégration-intégration dans la république française fleurissent voire fructifient, mais qu’il soit clairement signifié que vous parlez en votre nom voire en lieu et place des communautés dont vous vous décrétez les porte- paroles, et NON AU NOM DU PEUPLE MARTINIQUAIS qui n’est pas une « minorité visible » mais, en toute légitimité, une ENTIT? NATIONALE EN COURS DE STRUCTURATON... Et pour en terminer ? momentanément ? avec l’effet OBAMA, en tant que patriote martiniquais, j’aspire et agis autant que faire se peut, pour qu’un jour, notre MARTINIQUE soit enfin MARTINIQUAISE? Et alors, celui qui, démocratiquement élu, aura collectivement la responsabilité de la gestion des affaires fondamentales du pays, pourvu qu’il ou elle défende concrètement les intérêts du peuple, que m’importe que la couleur de sa peau ait couleur de jour, de crépuscule ou de nuit...SOURCE CARIBCREOLE.COM

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