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bwabandé

samedi 22 novembre 2008, à 14:15

ALIKER..LA VRAIE HISTOIRE..A VOIR..A KAN LE FILM an FRANCE

Le 12 janvier 1934, le corps ligoté d'André Aliker sera rejeté par les flots sur la petite plage de Fonds Bourlets (Case Pilote, Martinique)* André Aliker, militant communiste martiniquais, journaliste incisif avait décidé de mettre son talent et même sa vie au service des « masses laborieuses », de son pays. Rédacteur à « Justice », le journal des communistes martiniquais -à l'époque, on parlait plutôt du groupe Jean Jaurès-, Aliker ayant eu vent d'un énorme scandale politico-financier, mettant en cause le puissant lobby béké de l'époque, s'apprêtait à sortir un article faisant toute la lumière sur ce dossier. Les « dogs » des békés ne lui laissèrent pas le temps? L'assassinat d'André Aliker, fut un choc terrible dans la Martinique coloniale de l'avant guerre. En France, à Barbade, en Guadeloupe, ce meurtre fit la une de la presse et suscita une très vive émotion. 70 ans après, le film qu'a réalisé Guy Deslauriers a entrepris de nous replonger dans l'atmosphère de l'époque. Mais, les choses ont-elles vraiment changé ? Les journalistes guadeloupéens ou martiniquais qui veulent donner du sens et de la profondeur à leur métier, comment sont-ils perçus dans la société post-coloniale du 21e siècle ? Aliker est à notre connaissance le seul journaliste à avoir payé de sa vie, son engagement au service de la vérité. Mais les tracasseries policières de toutes sortes à l'encontre des journalistes en pays colonisés ne se comptent plus. Quand à l'orée des années 60, les anticolonialistes entreprirent de donner de la voix, on s'aperçut bien vite que la belle démocratie -à la française, n'était qu'un leurre. Des journaux tels que « L'Etincelle » (organe du PCG), « Le Progrès Social », « Chaltouné » (organe du Gong canal historique), et plus tard « Jakata » (UPLG), « Jougwa », « Le Naif » étaient régulièrement les cibles du pouvoir colonial. Même après l'arrivée de la « gauche » socialiste et l'avènement des radios dites « libres », les organes de presse qui ne flattaient pas le pouvoir colonial, ou qui déplaisaient la caste béké, étaient systématiquement stigmatisés, marginalisés. Aujourd’hui, le pouvoir béké, ne tue pas physiquement les journalistes ou les médias, il se contente de les asphyxier économiquement. Il suffit pour s'en rendre compte, de comptabiliser les organes de presse qui tiennent le haut du pavé. Qui sont-ils ? Comment sont-ils financés ? Et d'où vient l'argent ? Le paysage médiatique de nos pays, est à l'image même de nos sociétés. Comment alors expliquer que dans toutes les dernières colonies françaises d'Amérique, il n'y ait qu'un seul et unique quotidien ? On le voit bien en apparence, l'époque des assassinats style Aliker est révolue, mais la réalité est tout autre. Il est en effet risqué d'affirmer que l'information soit vraiment « libre » dans nos pays. L'information d'ailleurs peut-elle être vraiment libre ? Le récent rapport de Reporters Sans Frontières (RSF), organisme pour lequel nous gardons quelques sérieuses réserves, soulignait à propos de la France que : « L'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, en mai 2007, a modifié largement les rapports entre la presse et le pouvoir. En revanche, du côté de la justice, peu de changements : les perquisitions de rédactions, les mises en examen et placements en garde à vue de journalistes n'ont pas cessé ». Soulignons que RSF ne se préoccupe guère de ce qui se passe dans les colonies. En 2008, force est de constater -et je le dis sans volonté de diabolisation que les journalistes de nos pays colonisés se rangent en deux catégories. D'une part, les « héritiers » d'Aliker, ces journalistes « indésirables », dénonçant sans relâche le système colonial, ses suppôts, ses maux, de l'autre des journalistes plus soumis et plus « respectueux » de l'ordre colonial. A force de pressions acceptées et subies, les seconds en sont venus consciemment ou non à l'auto censure. Pour « survivre » et (per)durer dans le système colonial, ils ont consentis, à n'en voir que les « bienfaits ». Le plus grave est que sous couvert d'une soi-disant « objectivité », ils donnent à leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs une vision déformée de la société. En ce sens, ils participent à la pérennisation du système colonial. C'est cela la réalité qui dérange. Aliker est-il mort pour rien ? Non, car son combat continue? Les embûches sont autres, mais pas moindres. Ceux qui ont réalisé ce film viennent d'en faire l'expérience. LE LIVRE: « le Combat d'André Aliker » de Armand Nicolas (Fort-de-France - 1974)

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