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visualiser le site et l adaptation (photo de renée cox) de la "cène" de léonard de vinci : http://www.protestantismeetimages.com/article.php3?id_article=142 ...
1. Renée Cox : le courage d’être femme (1996-2001)
Renée Cox, Yo mama’s last supper, 1996-2001
Cette photographie en 5 panneaux,exposée à New York, fut l’objet de vives polémiques.La première reprise contemporaine de la Cène de Vinci que je montre et analyse est une photographie de l’artiste Renée Cox, américaine d’origine jamaïcaine, intitulée Yo Mama’s Last Supper. Cette ?uvre de 1996 , exposée en février 2001 dans le cadre d’une exposition de 94 « photographes noirs » au Brooklyn Museum of Art de New York , a fait l’objet d’une vive polémique entre l’artiste, soutenue par les organisateurs de l’exposition, et le maire de New York, Rudy Giuliani. La référence à Vinci est explicitement revendiquée par différents rappels iconographiques : - les disciples sont disposés en quatre groupes de trois personnes ; - Il y a une longue table recouverte d’un drap blanc sur laquelle sont disposés pain, vin et fruits ; - la figure christique se détache sur une tenture jaune qui l’encadre et la met en valeur ; - elle est, comme chez Léonard, en décalage par rapport aux disciples. L’oeuvre de Cox comporte aussi d’importantes innovations : les disciples sont, à l’exception d’un seul, noirs ou basanés. Derrière les deux premiers groupes de disciples, se trouve une tenture blanche avec le signe de la croix. Mais surtout, nous avons une triple transgression en la personne du Christ : elle est femme, noire, nue. Debout et nue, son sexe se détache juste au dessus de la table là où, d’ordinaire, se trouve le buste du Christ. S’agit-il d’une provocation, d’un sacrilège, ou alors d’une confession personnelle, voire d’un acte de foi ? Regardons la femme en Christ : elle a les bras écartés et les paumes ouvertes ; un linge blanc, posé sur ses bras, lui donne une attitude solennelle, hiératique, priante, célébrante. De plus, le Christ en femme nue est l’artiste elle-même . Ce qui aurait pu passer pour une provocation sexuelle devient alors un acte courageux d’auto-présentation, presque un acte de foi. Face à l’accusation d’être une ?uvre anti-catholique portée par Rudy Giuliani, qui voulait à cette occasion mettre sur pied une commission de censure (Decency Commission), l’artiste s’est expliquée. Pour elle cette ?uvre n’est ni pornographique, ni anti-chrétienne, mais militante. En se représentant nue à la place du Christ, Renée Cox veut défendre le droit des femmes noires - et plus généralement des afro-américaines. Elle les rétablit dans leur dignité d’enfants de Dieu dans un pays où le racisme est une réalité sociale quotidienne. L’artiste, qui ne renie pas son éducation catholique, répond : « Je ne comprends pas pourquoi ils parlent d’anti-catholique, j’ai grandi en tant que catholique.. » . Ce n’est pas le christianisme qu’elle attaque, mais la forme historique qu’il a pris, au travers d’une institution masculine, majoritairement blanche, opposée au ministère pastoral féminin. En prenant visuellement la place du Christ, Renée Cox revendique la liberté pour les femmes noires de devenir prêtres, d’être véritablement, elles aussi, images du Christ. Cox veut pouvoir se présenter comme elle est, dans sa vérité c’est-à-dire sa nudité de femme afro-américaine. Ce serait donc faire une grossière erreur d’interprétation que de voir de l’érotisme dans la nudité de l’artiste, même si elle ne nie pas être intéressée par la beauté du corps humain. Ce tableau a d’ailleurs provoqué sur la Toile une intense réflexion, non seulement esthétique, mais aussi théologique. Ainsi Keith Chandler propose-t-il une fiction, Drinking with Jesus, qui met en scène Jésus revenant sur terre et réagissant à sa substitution en femme noire : ce Christ fictif affirme que le fait qu’il était homme et blanc était une question de contingence historique ; s’il était né à une autre époque et dans un autre lieu, il aurait très bien pu naître en femme noire. Le sens théologique de sa personne n’aurait en rien été changé. Derrière le militantisme, il y a donc bien un message authentiquement chrétien dans cette oeuvre. Un autre auteur, Katharine Wilkinson, a écrit une belle étude sur cette photo d’art intitulée The Last Will Become First , qui reçut un prix de la Fondation Elie Wiesel. Elle y développe une théologie contextuelle et militante, engagée dans la lutte pour la reconnaissance du droit des minorités exploitées, opprimées, marginalisées . Elle situe l’oeuvre de Renée Cox dans la double tradition de la théologie noire et de la théologie féministe. Ces essais d’interprétation éthique et théologique nous montrent que l’on doit recevoir l’?uvre de Renée Cox comme une ?uvre militante et spirituelle, non comme une ?uvre ironique et destructrice.
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