Nouvelle-Calédonie: victoire du non à l'indépendance dans un référendum boycotté par les indépendantistes

La Nouvelle-Calédonie a massivement voté non à l'indépendance dimanche

13 décembre 2021 à 15h32 par Tropiques FM avec AFP

nouvelle calédonie

La Nouvelle-Calédonie a massivement voté non à l'indépendance dimanche lors du dernier référendum d'autodétermination, marqué par une abstention record après l'appel des indépendantistes à boycotter la consultation censée clore un processus de décolonisation entamé il y a plus de 30 ans dans cet archipel français de l'océan Pacifique.

Un résultat immédiatement salué par le président français Emmanuel Macron : "La France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d'y rester", a-t-il déclaré, tout en précisant accueillir avec "respect et humilité" le résultat, "le corps électoral (étant) resté profondément divisé".

Selon les résultats définitifs, le non à l'indépendance de cet archipel français stratégique du Pacifique Sud l'a emporté avec 96,49% des voix. Le oui a recueilli 3,51%, les votes blancs et nuls 2,99%.

Lors des référendums du 4 octobre 2020 et du 4 novembre 2018, le "non" à l'indépendance l'avait emporté à 56,7%, et 53,3%.

Mais l'ampleur du résultat est à relativiser au regard de la participation : seuls 43,90% des électeurs potentiels se sont rendus aux urnes, un taux en chute libre par rapport aux précédents référendums, l'appel au boycott ayant manifestement été suivi à la lettre par les partisans du oui.

"Quand on voit le taux d'abstention (…) juridiquement le référendum est indiscutable, politiquement c'est un faux référendum car il n'y aura rien de réglé ce soir", a commenté Carine David, professeure de droit public à l'université des Antilles, sur la radio franceinfo.

Les indépendantistes avaient prévenu qu'ils ne se rendraient pas aux urnes, invoquant l'impossibilité d'organiser "une campagne équitable" sur un archipel touché depuis septembre par l'épidémie de Covid avec une population kanak plongée dans le deuil.

Dans ce contexte, la victoire des loyalistes (pour le maintien dans le giron de la France) était attendue.

"La promesse d'un destin commun doit continuer à nous guider", a dit le président Macron alors que s'ouvre désormais une "période de transition qui libère de l'alternative binaire entre le oui et le non".

 

- Triple référendum -

 

Les Calédoniens sont engagés dans ce processus depuis les années 1980 quand leur territoire, colonisé par la France au XIXe siècle, a connu une période de troubles qui a culminé avec la prise d'otages et l'assaut de la grotte d'Ouvéa en mai 1988, au cours desquels 19 militants kanak et six militaires ont été tués.

Moins de deux mois après ce drame, indépendantistes et loyalistes arrivaient à conclure les accords de Matignon, qui revoyaient la répartition des pouvoirs en Nouvelle-Calédonie et scellaient la réconciliation entre les Kanak, premiers habitants de Nouvelle-Calédonie, et les Caldoches, descendants des colons blancs, après des années de tensions et de violences. Dix ans plus tard, la signature de l'accord de Nouméa instaurait un processus de décolonisation sur vingt ans.

Cet accord prévoyait une succession de trois référendums pour demander aux habitants s'ils voulaient que l'île "accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante".

Ce troisième référendum arrive dans un monde qui a beaucoup changé: d'une part l'archipel, qui dispose de quelque 1,5 million de km2 de zone économique exclusive, se trouve dans une région devenue stratégique avec la montée en puissance de la Chine.

En outre, le nickel et le cobalt qu'elle produit sont devenus des ressources minières indispensables pour le nouveau marché des batteries électriques, un levier de la transition écologique de la planète.

 

- Un nouveau statut -

 

En juin à Paris, les acteurs calédoniens avaient décidé avec l'État qu'après le 12 décembre s'ouvrirait "une période de stabilité et de convergence". Cette période préparera un "référendum de projet" d'ici à  juin 2023, lequel, puisque le non l'a emporté, doit porter sur un nouveau statut au sein de la France.

Le dialogue ne sera cependant pas si facile: le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS, indépendantistes) et les nationalistes ont par avance prévenu qu'ils ne reconnaîtraient pas le résultat du référendum et le contesteraient devant les instances internationales.

La Nouvelle-Calédonie est inscrite depuis 1986 sur la liste des territoires non-autonomes à décoloniser de l'ONU, qui a d'ailleurs dépêché des experts pour veiller à la bonne tenue du scrutin.

Les indépendantistes ont également averti qu'ils récusaient toute rencontre, avant l'élection présidentielle en avril 2022, avec le ministre français des Outre-mer.

"Je prends acte qu'ils ont besoin de prendre du temps (...) néanmoins, certains sujets d'actualité sont urgents et nécessitent de nouer rapidement le dialogue avec les institutions et formations politiques locales", a déclaré à l'AFP le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, arrivé vendredi à Nouméa.

Alors que les autorités avaient déployé un impressionnant dispositif de sécurité - 2.000 gendarmes et policiers, 130 véhicules, 30 engins blindés et des moyens aériens - par crainte de voir l'archipel s'enflammer, le scrutin s'est déroulé sans incidents.

Dans le camp loyaliste, la présidente de la province sud Sonia Backès s'est félicitée dimanche soir de voir que "les rêves tristes d'une indépendance se sont brisés".

"Nous avons décidé en notre âme et conscience de rester français. (...) Ce n'est plus négociable. Et c'est ça le sens de l'histoire!", a-t-elle ajouté, invitant les indépendantistes "à construire un nouveau projet".

À Paris, la classe politique a largement salué la victoire du non, la gauche radicale jugeant toutefois le résultat "pas légitime" en raison du très fort taux d'abstention.