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Des cagnottes solidaires pour aider des étudiants ultramarins isolés dans l’Hexagone

14 mai 2020 à 11h20 Par Arnaud Joly
Parmi les pots solidaires lancés sur la plateforme, cinq étudiants.
Crédit photo : Capture d'écran Dalendo.com/Voila

Privés de leurs petits boulots et confrontés à des frais inhabituels, de jeunes Ultramarins font face à une aggravation de leur précarité liée à la crise sanitaire. Une plateforme de financement participatif propose de les aider à collecter des fonds pour sortir de cette période délicate.

Arielle est étudiante en première année à l'école de soins infirmiers de Tournai à la frontière franco-belge. La jeune femme a quitté la Martinique à l’été 2019 pour s’installer dans le nord de l'Hexagone, à Lille. Avec l’épidémie de coronavirus, elle a dû mettre de côté ses talents de coiffeuse qui lui permettaient jusque-là d’empocher un peu d’argent.

Des familles en difficulté

Considérée "personne à risques", sa maman, employée dans une cantine scolaire en Martinique, a aussi dû renoncer à ses actions de sapeur-pompier volontaire. Cette activité complémentaire lui permet habituellement de donner un coup de pouce financier à sa fille. 

Aux Antilles, près de 60% des enfants vivent dans des familles monoparentales, particulièrement affectées par les conséquences de la crise sanitaire des dernières semaines.

Pendant le confinement, les initiatives d’entraide fleurissent, le maillage associatif montre son efficacité. C’est un message sur les réseaux sociaux qui pousse Arielle à contacter Solidarité DomTom pour solliciter de l’aide. Mais l’association est basée à Montpellier : impossible pour elle d’approvisionner l’étudiante lilloise avec ses paniers repas gratuits ou de lui donner accès à son épicerie sociale. Par chance, depuis quelque temps, les bénévoles réfléchissent à de nouvelles formes d’aide. Un partenariat avec la plateforme Dalendo-Voilà voit le jour.

Spécialisé dans le financement participatif, le site martiniquais s’est ouvert à cinq jeunes originaires des Outre-mer poursuivant des études supérieures dans l’Hexagone. À situation exceptionnelle, "mesures exceptionnelles, explique Mickaël C., le patron du site. On réduit nos frais de traitement pour que ça n’alourdisse pas les fonds qu’ils vont recevoir". Les conseils pour la création du pot solidaire et sa promotion sont donnés à titre gratuit.

La première étape est fixée à 1000 euros. Les fonds seront utilisés pour payer des loyers, des courses ou des dépenses imprévues. Pour Arielle, il s’agit de "soulager sa mère et de mettre toutes les chances de réussite de son côté".  "On appelle les étudiants pour leur rappeler que c’est un projet professionnel qu’ils ont et qu’il ne s’agit pas de mendicité", précise Mickaël C. "La réalité, c’est que certains ont faim."

Manque de visibilité

Cette plateforme, Arielle n’en avait jamais entendu parler. Les donateurs hésitent, certains lui avouent qu’ils préféreraient lui faire un virement en direct. "Je les invite à regarder tous les pots qui existent. Je leur ai expliqué qu’il y avait des pots pour les étudiants mais aussi pour les masques, je leur ai donné beaucoup d’arguments." Dans l’espoir que le message se propage, son pot a été "prolongé de deux semaines".

Si d'autres cagnottes solidaires ont vu le jour ces dernières semaines pour aider les étudiants de l'Hexagone, les initiatives à destination des jeunes ultramarins spécifiquement sont nombreuses. La délégation interministérielle pour l'égalité des chances des Français d'Outre-mer et la visibilité des Outre-mer les liste sur sa plateforme d'entraide lancée le 3 avril dernier